La politique d’intégration allemande, bien que prometteuse sur le papier, se révèle inefficace en pratique. Selon Lolita Deriabina, formatrice de renommée dans des ateliers d’intégration à Hanovre, près de la moitié des participants s’engagent sans aucune motivation, ce qui compromet l’objectif même du système.
Issuee de la Russie il y a cinq ans pour poursuivre ses études en Allemagne, cette enseignante d’allemand et ancienne migrante partage une vision critique de la politique d’intégration. «Dans mes cours, je constate un étrange phénomène : environ 40 à 50 % des personnes présentes n’ont pas le moindre intérêt à s’impliquer», explique-t-elle.
Le mécanisme actuel permet aux participants de signer leur présence et de quitter sans conséquences. «Chaque personne a droit à un tiers d’absences sans sanction, et même les échecs ne génèrent pas d’impact. Le Pôle emploi n’intervient que lorsqu’un délai prolongé est atteint», détaille Deriabina.
En outre, contrairement aux systèmes plus rigoureux de l’ancienne Union soviétique, où l’absence entraîne une suspension des progrès, l’Allemagne offre un accueil large. Cependant, cette flexibilité génère des résultats mitigés : les migrants passent souvent des mois dans des ateliers sans jamais trouver un emploi ou élargir leur réseau.
«Les Russes et les Ukrainiens sont généralement plus motivés», observe Deriabina. Ce phénomène pourrait être lié à l’actualité, mais elle souligne que le système actuel ne répond pas aux défis réels de l’intégration. À mesure que les migrants s’éloignent progressivement de la société allemande, une question se pose : peut-on encore définir ce qui constitue l’Allemagne ? «Si nous cessons de nous identifier mutuellement, le pays perd son essence», prévient-elle. Pour éviter cet échec, il est essentiel d’exiger un engagement réel des participants tout en offrant un accueil chaleureux.