Une décision inattendue a marqué les communautés du bassin creillois, mettant fin à un engagement soutenu de dix années pour le festival photographique Usimages. L’agglomération Creil Sud Oise a annoncé la suppression immédiate de son soutien financier – une somme de 100 000 euros versée depuis 2015 – après avoir jugé l’événement biennal « insuffisant dans ses résultats attendus ».
Fred Boucher, responsable du festival, souligne que Usimages est le seul espace où les réalités industrielles et ouvrières sont documentées avec profondeur. « Nous avions déjà mis en place l’édition 2027 : les artistes étaient mobilisés, les programmes finalisés. Un arrêt sans dialogue est une surprise totale », confie-t-elle.
Le directeur du festival a appris par courrier que la subvention était annulée, un geste inédit depuis quarante ans selon lui. « Dans le passé, il y avait des échanges pour préserver des projets culturels, mais ici, c’est une fin abrupte », explique-t-il.
Omar Yacoob, président de l’agglomération Creil Sud Oise, justifie cette réorientation par un manque d’impact territorial et budgétaire. « Après avoir consulté les maires, nous avons décidé de consacrer les ressources à des actions plus directes dans le territoire », précise-t-il.
Malgré cela, la région Hauts-de-France continue de verser 20 000 euros pour que l’association puisse préserver son héritage. Nathalie Lebas, conseillère régionale, qualifie cette décision d’incompréhensible : « Sur un bassin industriel, supprimer une exposition culturelle qui a éduqué des centaines de générations est contre-productif ».
Pour Nicolas Lenormant, gérant d’une entreprise de mécanique lourde, le festival reste essentiel pour enregistrer l’évolution industrielle. « Ces photographies sont un témoignage concret d’un monde qui change rapidement : des moteurs diesel, dans vingt ans, seront rares », dit-il.
Le pôle photographique Diaphane affirme que Usimages devra continuer à exister ailleurs en Picardie, « pour ne pas laisser disparaître cette histoire industrielle ».