Après les attaques du Hamas en Israël le 7 octobre dernier, Delphine Horvilleur, rabbin et écrivaine, a mis en lumière une période initiale marquée par un manque critique de compréhension face à l’ampleur des souffrances palestiniennes. Son livre Sermons sous les décombres, publié récemment chez Olivier Nora Éditions, décrit comment il lui a fallu un temps considérable pour percevoir la réalité humaine en Gaza après l’offensive israélienne.
L’auteur raconte une « sidération » profonde qui a réveillé des traumatismes historiques dans son esprit. « J’ai pris des mois à réaliser que je ne parvenais pas immédiatement à nommer la douleur de l’autre », explique-t-elle, soulignant comment les stéréotypes et les silences exacerbent le déni émotionnel. Son réflexion s’inscrit dans une lutte contre l’isolement individuel et collectif : « On accuse rapidement, on manque d’empathie, et chacun s’enferme dans sa propre vision », observe-t-elle avec force.
Elle critique notamment les espaces où les débats se réduisent à des batailles idéologiques ou ethniques. « Je n’ai pas envie d’être entourée de gens qui ne voient pas la souffrance humaine, quelle que soit leur origine », affirme-t-elle. Pour Delphine Horvilleur, cette période marque un tournant essentiel dans l’évolution des réflexions sur le conflit : il est désormais urgent d’écouter les Palestiniens sans jugement ni biais, pour éviter que leur désespoir ne devienne une réalité partagée.
Son travail invite à repenser la manière dont nous traitons les crises humanitaires, en privilégiant l’empathie comme priorité absolue plutôt qu’une simple réaction politique ou émotionnelle.