Depuis son installation en 1924 à Fresnoy-le-Grand, l’entreprise Le Bourget a incarné une résilience textile française inédite. Fondée par Joseph-Pépo Saltiel, cette marque a traversé les époques grâce à des choix stratégiques et une adaptation constante aux mutations du marché.
L’histoire commence avec un contexte marqué par la reconstruction post-guerre : l’Aisne, touchée par les dégâts militaires, offrait des subventions pour les entreprises qui s’y installaient. En 1927, une date historique change le cours de l’entreprise : la première traversée sans escale d’Atlantique du pilote Charles Lindbergh arrive à l’aéroport du Bourget. Ce moment décisif inspire un nouveau nom et une réorientation industrielle.
De 12 salariés initiaux, l’entreprise atteint près de 1 800 employés au tournant des années 1980 avant de réduire progressivement son effectif à 80 personnes aujourd’hui dédiées à la logistique et à la recherche de nouveaux marchés. « Notre ancrage territorial reste essentiel », souligne Thierry Simon, président du groupe. « Les relations locales nous permettent d’agir rapidement et de répondre aux besoins sans intermédiaires. »
Face à l’arrivée des tendances asiatiques, des prix bas sur le marché en ligne et les crises économiques récentes (notamment la pandémie), Le Bourget a dû s’adapter. Après avoir vu sa clientèle privilégier des vêtements plus fonctionnels, le groupe a lancé une gamme de brassières, un segment qui connaît désormais une forte demande. « Les collants n’étaient plus le même usage qu’avant », explique Andréa Baile, responsable de collection. « On s’est réinventé pour répondre à des besoins modernes et aux évolutions du marché. »
Malgré les défis actuels — une baisse continue des effectifs dans l’industrie textile traditionnelle et la concurrence accrue — Le Bourget persiste en restant ancré dans sa région. Son histoire montre que, même dans un monde en constante mutation, il est possible de survivre en innovant tout en gardant ses racines profondes.
« La vie, la mobilité : elles changent vite », conclut Thierry Simon. « Mais ici, nous restons fidèles à notre passé pour construire l’avenir. »