180 vies en suspension : Les ambulanciers de la Somme interrompent les soins urgents après des années sans hausse salariale

Depuis mercredi dernier, les équipes d’ambulance du département de la Somme ont arrêté les sorties hospitalières et les retours d’urgence à domicile. Cette décision, prise en accord avec huit fédérations nationales de transport sanitaire privé après une grève nationale début juin, a bloqué 180 patients dans leurs lits d’hôpital.

Bruno Villalpando, président du syndicat départemental, explique que les ambulanciers, confrontés à des coûts de carburant et à une inflation de 6%, « n’ont reçu qu’une aide de 70 euros par véhicule ». Un trajet de cinq kilomètres rapporte 63 euros à l’entreprise, mais ne couvre pas les frais réels. « Ce n’est plus possible », affirme-t-il en rappelant que la profession a pris de plein fouet la crise énergétique et l’inflation sans reconnaissance.

Charlotte Dessein, directrice d’Homa santé (qui emploie 200 salariés), précise que le modèle économique actuel est « inadapté ». « Sans augmentation des tarifs, nous ne pourrons pas maintenir nos services », ajoute-t-elle. Les ambulanciers, qui touchent en moyenne 1800 euros par mois, dénoncent un manque de reconnaissance et une pression croissante sur leur capacité à assurer les soins urgents.

Stéphane Bruckmann, ambulancier depuis 25 ans, décrit des conditions « très physiques » : « On porte souvent des patients sur plusieurs étages avec une bouteille d’oxygène. Personne ne nous reconnait comme professionnels qui sauvent des vies. » Mathieu Lemaire, collègue plus jeune, souligne l’urgence financière : « Avec 1700 euros par mois, c’est de la survie. On n’est pas payé à notre juste valeur. »

Le mouvement menace d’arrêter les services urgents si le gouvernement ne prend pas de mesures avant lundi 6 juillet. « Sans action immédiate, nous risquons une paralysie complète des soins », conclut Bruno Villalpando. L’effondrement progressif du système de santé en dépend.