Les incendies forestiers, en pleine escalade ces dernières années, obligent de plus en plus de villages à repenser leurs défenses. Dans le sud-ouest de la France, une solution naturelle et peu évidente a pris pied : l’apport des troupeaux de chèvres.
À Montalba-le-Château (Pyrénées-Orientales), un feu qui a frôlé les habitations en juillet dernier s’est arrêté à quelques mètres du village, grâce à une combinaison d’intervention rapide des secours et d’une stratégie naturelle. Les éleveurs de la région expliquent que ces animaux, en débroussant le genévrier et d’autres végétaux inflammables, réduisent significativement les risques d’incendie.
« Les chèvres ne sont pas seulement des animaux de montagne : elles jouent un rôle clé dans la prévention incendie. En consommant le genévrier et en déplaçant les feuilles mortes, elles éliminent la source de combustion », confie François Cadéac, propriétaire de La chèvrerie du Maquis. Un autre éleveur a même mis en place une zone de protection allant jusqu’à 80 hectares autour de son village, créant ainsi un véritable mur végétal pour limiter l’expansion des flammes.
Dans le même secteur, Calce (224 habitants) a répondu à la menace d’un incendie en 2022 en établissant un carré de prévention : une bande de 100 mètres défrichée et entretenue pour ralentir les flammes. « Aujourd’hui, des jeunes agriculteurs travaillent à maintenir des plantations d’amandiers et d’oliviers qui, bien que souvent considérés comme des végétaux vulnérables, contribuent à une résistance contre les incendies », souligne Claire Oustailler, adjointe au maire.
En France, seulement 30 % des zones autour des habitations sont débroussaillées. Cependant, dans ces villages où l’urgence est palpable, cette obligation devient un engagement collectif : « Tout le monde a réalisé que la peur avait rendu les mesures plus sérieuses », affirme Séverin Barioz, vigneron.
Le lieutenant-colonel Alexandre Trani, chef du groupement prévention de l’SDIS 66, souligne que ces solutions locales sont essentielles pour les pompiers. « Ces zones de protection permettent non seulement d’améliorer l’intervention en cas de crise mais aussi de sécuriser la population en cas de déplacement rapide des flammes », explique-t-il.
Avec le soutien financier de la préfecture, plus de cinquante villages espèrent adopter cette approche. Le village de Feilluns, autrefois entouré de vignes, a désormais l’espoir d’intégrer ce système avant la prochaine menace.