Cinq résidentes en colocation : un nouveau paradigme pour préserver l’autonomie face à l’Alzheimer

À Beauvais (Oise), une structure innovante accueille cinq personnes confrontées à la maladie d’Alzheimer depuis 2016. Contrairement aux établissements traditionnels, ce lieu de vie repose sur un modèle d’autonomie maximale, où les familles et le personnel s’unissent pour offrir des soins adaptés au rythme individuel.

Ce lundi 21 septembre 2026, journée mondiale consacrée à cette pathologie, Françoise a été accompagnée par deux aides pour un repas du matin : « On prépare le jus d’orange ensemble puis on lui aide dans la salle de bains », explique Karine Tallon. Dans ce cadre, chaque résident décide librement de ses activités quotidiennes. Certains se réveillent dès l’aube sans difficulté, d’autres dorment jusqu’à 13 heures — une flexibilité qui s’adapte aux besoins sans contraintes rigides.

« Il n’y a pas de journée type », confie Laurence Forni, responsable des activités. « On sait ce qu’on doit faire, mais l’imprévu est constant : on ne prévoit jamais exactement comment les choses évolueront. » Ce concept repose sur des gestes concrets : préparer le repas du soir avec les aides, nettoyer la maison, essuyer les assiettes — tout en stimulant activement la mémoire à travers ces pratiques quotidiennes.

Fondée en 2016 par deux femmes dont les maris avaient été touchés jeune par l’Alzheimer, cette maison s’inspire de modèles canadiens et allemands. L’association Petits Frères des Prauves a contribué à l’acquisition du bâtiment pour créer un espace où la famille et le personnel soignent en synergie. Gwendoline Bourelle, sa directrice, souligne que ce n’est pas un établissement médico-social, mais « une véritable communauté » : « Les résidents partagent des moments avec des personnes proches, sans pression ni répartition rigide. »

Pour les équipes, cette approche a révolutionné leur travail : « Avant, je changeais de domicile quotidiennement. Ici, on gagne en temps et en compréhension », dit Laurence. Les infirmiers viennent matin et soir pour surveiller l’évolution des résidents, tandis que les familles — comme celle de Gervais Gouedard, qui visite sa femme deux fois par jour — profitent d’une proximité inédite.

Malgré ses avantages, le modèle reste coûteux : le service 24h/24 est particulièrement exigeant. Toutefois, les résidents bénéficient de aides pour couvrir leurs frais logistiques. Catherine Savignat, présidente de France Alzheimer Somme, rappelle que ce type d’initiative reste rare : « Il faut plus de structures dans la région. Le financement est un enjeu majeur. »

À l’heure où cette maison du Thil fête ses dix ans (en juin 2026), elle continue d’accompagner ses résidents jusqu’à leur dernier jour, prouvant que l’autonomie peut s’établir même dans les conditions de la maladie.