De la gare à l’école : comment un bâtiment oublié a redéfini l’identité de Godewaersvelde

Construite en briques locales dès 1870, cette gare ferroviaire a marqué le début d’une ère nouvelle pour la petite ville belge de Godewaersvelde. Située à l’intersection stratégique entre Paris et Bruxelles, elle a rapidement devenu un point d’appui essentiel pour les entreprises locales et les habitants des environs.

Lors de son inauguration, cette gare a permis une réelle mutation sociétale : en 1870, l’industrie en plein essor nécessitait des réseaux de transport efficaces. La gare Godewaersvelde, choisie pour sa localisation frontalière, devient ainsi un véritable carrefour international.

« Ce réseau a permis le développement agricole et touristique du village, notamment grâce au mont des Cats qui, en raison de la ligne ferroviaire, a accueilli des milliers de visiteurs », explique Martial Waeghemaeker, adjoint à la culture. « En 1914, même avant l’arrivée des médias modernes, cette gare était un centre d’échange pour le monde entier — une véritable porte d’entrée vers l’international ».

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la gare a joué un rôle clé dans l’organisation militaire. Un hôpital a été construit à proximité, et les wagons ont transporté des blessés en direction du village. « Le cimetière britannique ici accueille sept nationalités et plus de 900 soldats », confie Serge Soodts, maire de Godewaersvelde.

Malgré son importance historique, la gare a vu son utilisation diminuer avec l’essor des transports routiers. En 1954, seuls les camions circulaient encore sur le trajet, et en 1970, après un dernier passage le 26 septembre, elle a été fermée définitivement.

Après cette période d’abandon, la commune s’est efforcée de réhabiliter le site. Daniel Vuylsteker, ancien maire (1965-1987), a proposé un projet de piscine, mais ce concept n’a pas été viable. À l’époque, il a été décidé d’associer les écoles filles et garçons dans une même installation scolaire.

La rénovation a nécessité des adaptations techniques pour respecter les normes modernes tout en préservant l’ancien patrimoine : portes accessibles, isolation thermique et systèmes de chauffage central. L’école Jacques Prévert compte aujourd’hui sept classes.

Aujourd’hui, le site accueille 150 élèves qui résonnent dans les cours où autrefois des trains ronflaient. Ce bâtiment, historiquement lié à l’essor du village, reste un symbole de résilience et d’évolution, tout en étant aujourd’hui un lieu de transmission de l’histoire.

« C’est grâce à ce terrain que le tourisme local s’est développé, permettant ainsi au village de persister », conclut Martial Waeghemaeker. « Ce patrimoine ne doit pas disparaître — il doit être transmis aux générations futures ».