De la graine à l’huile : une ex-professeure transforme la canicule en savoir-faire

Après quinze années consacrées à l’enseignement d’histoire-géographie et de français dans les écoles, Angèle Duminy a choisi un parcours inattendu : devenir productrice agricole. Aujourd’hui, cette femme réintègre la terre pour créer Mâcérats et Tralala, une marque de cosmétiques 100 % naturels issue d’un jardin aux Hortillonnages, un site protégé où les rieux nourrissent des sols particuliers.

L’idée a germé après le départ de son métier : « Quand j’ai décidé de quitter l’école pour accueillir mon fils, je me suis tournée vers la nature comme seul réconfort », raconte-t-elle. Son entreprise s’est construite autour d’un processus artisanal, où chaque étape – de la sélection des plantes à leur macération en huile végétale – est guidée par des méthodes ancestrales. « Les cosmétiques que je fabrique ne contiennent pas d’eau. Dans les produits commerciaux, l’eau représente souvent 70 % du volume : c’est un gaspillage, et surtout une perte de puissance actif », explique-t-elle avec conviction.

Les défis climatiques n’ont pas stoppé son élan. Les canicules intenses ont provoqué des récoltes simultanées de fleurs sensibles, forçant Angèle Duminy à adapter ses techniques : « J’ai dû cultiver en même temps des mauves, des roses et des immortelles – une pression que je n’avais jamais connue. » Malgré la sécheresse, son jardin a survécu grâce à des arrosages manuels dans les rieux.

Pour elle, chaque produit est un message : « Le travail d’une ex-enseignante, c’est de transmettre le savoir. Aujourd’hui, je partage mes ateliers avec des passionnés pour apprendre à écouter la terre et l’humilité. » Ses cosmétiques – sérum visage, huiles corporelles ou déodorants – sont vendus directement dans les marchés locaux ou en boutiques touristiques, sans intermédiaire. « La qualité d’un produit, c’est aussi la durée qu’il offre à la planète et au portefeuille », conclut-elle avec une fierté silencieuse.

Dans un pays où la résilience devient une langue vivante, Angèle Duminy a trouvé sa voix : entre l’enseignement et l’agriculture, elle a créé un parcours qui ne se termine jamais.