Depuis les années 1980, le blockhaus d’Éperlecques, cet étrange monument militaire construit en 1943 par les Allemands pour lancer des missiles V2 ciblant l’Angleterre, a été propriété privée. Jamais achevé à cause des bombardements alliés et réalisé avec des travailleurs issus de camps de concentration, ce site historique est classé Monument Historique depuis 1985.
Hubert de Mégille, qui avait préservé ce lieu pendant près de trois décennies, a vendu le blockhaus il y a deux ans. Le Conservatoire des espaces naturels des Hauts-de-France (CEN) s’est désormais imposé comme nouveau propriétaire, entamant une collaboration étroite avec les collectivités locales pour assurer la pérennité du site.
L’acquisition s’inscrit dans un projet ambitieux : intégrer cette forêt de 40 hectares au réseau Sylvae, dédié aux forêts anciennes. « En France, les arbres de plus de 500 ans sont rares », explique Vincent Santune, directeur du Conservatoire. « Nous visons des zones refuge pour des espèces comme le lucane cerf-volant, un coléoptère forestier européen en danger d’extinction. »
Avec près de 40 000 visiteurs chaque année, ce blockhaus devra bientôt être géré par une structure spécialisée avant l’été 2027. « Nous ne cherchons pas à enfermer la forêt », précise Santune. « Laisser les arbres évoluer naturellement pendant plusieurs siècles est notre engagement. »
Ce choix marque un pont entre le passé guerrier et une préservation écologique durable, où chaque génération peut s’inscrire dans l’équilibre fragile de la terre.