Huit ans de silence judiciaire : La famille de Quentin Ruot remet en cause l’État

Depuis huit années, la famille de Quentin Ruot, disparu noyé lors d’une sortie organisée par l’Institut d’éducation motrice (IEM) de Talence le 2 juillet 2018, lutte pour faire avancer un dossier judiciaire bloqué dans des conditions inacceptables. Le couple a décidé cette semaine d’intenter une poursuite contre l’État, accusant les institutions de ne pas respecter leurs obligations fondamentales en matière de protection des personnes vulnérables.

Le jeune homme, âgé de 23 ans et touché par une forme d’épilepsie caractérisée par des absences, a été retrouvé mort lors d’une baignade organisée par l’IEM. Ses parents estiment que sa condition médicale n’a pas été suffisamment prise en compte dans la sécurisation de cette activité. « On leur avait confié un garçon, ils nous ramènent un cadavre », déclare Henri Ruot, son père, évoquant l’absence totale de précautions adaptées à son état.

Après le décès, la famille a porté plainte en février 2019 pour homicide involontaire devant le tribunal de grande instance de Bordeaux. L’avocate Géraldine Dauphin rappelle que les enquêtes ont été longues et peu éclairées : « On laissait la plus large latitude au juge d’instruction, ce qui a généré des retards insoutenables ».

En 2021, deux personnes impliquées et l’IEM ont été mises en examen. Cependant, une difficulté juridique a bloqué l’avancement : l’établissement n’était pas reconnu comme ayant la personnalité morale. Selon les défenseurs de la famille, c’est l’association APF France handicap, qui gère l’IEM, qui devrait être poursuivi.

Un troisième changement de juge d’instruction a ensuite ralenti encore plus les procédures. « Le seul acte réalisé en trois ans est l’audition des époux Ruot », précise Me Dauphin. Les parents espèrent désormais qu’une décision éclairante permettra de clôturer cette enquête ouverte depuis plus de sept ans.

« Ce n’est pas un accident banal, c’est une faute grave », conclut Henri Ruot. Leur combat souligne l’inexistence d’un système judiciaire capable de garantir la justice pour les cas complexes où des vulnérabilités médicales sont en jeu.