Le dumping chinois menace l’usine amiennoise : les salariés d’Eurolysine s’unissent pour défendre leur avenir

À Amiens (Somme), une cinquantaine de salariés d’Eurolysine, ex-Metex, ont réuni ce mercredi 20 mai 2026 devant l’usine pour alerter sur un enjeu économique de plus en plus critique. L’entreprise, unique productrice européenne de lysine depuis sa reprise par le groupe Avril en juillet 2024, subit désormais les conséquences d’une concurrence chinoise déloyale après l’abaissement des droits de douane européens sur les importations.

« Les prix des acides aminés sont aujourd’hui inférieurs à nos coûts de production, ce qui génère chaque mois une perte équivalente à deux à trois millions d’euros », explique Samir Benyahya, délégué CDFT. « Sur l’année 2025, nous avons déjà enregistré plus de 23 millions d’euros de pertes et cette situation s’aggrave sans relâche. »

Nicolas Martin, directeur des affaires publiques, insiste sur la fragilité du modèle : « La baisse des tarifs douaniers chinois après l’ajustement à 50 % en juillet 2025 a complètement neutralisé les mesures précédentes. Les exportateurs chinois ont désormais un avantage commercial irréparable. »

Les syndicalistes et les représentants locaux exigent une remontée des droits de douane vers un niveau de 80 %. Christophe Ranouille, délégué CFE-CGC, rappelle que l’efficacité des tarifs à 85 % en janvier 2025 avait permis d’éviter les pertes pendant une période clé. « Depuis juillet, on perd de nouveau de l’argent. On ne peut plus attendre. »

La Commission européenne a ouvert une enquête en avril 2026 pour réévaluer la situation, mais les salariés craignent que cette décision n’arrive trop tard. « Si l’Europe ne prend pas des mesures rapides, l’usine fermera définitivement », prévient Samir Benyahya.

Le soutien local s’est renforcé : le député François Ruffin et le maire d’Amiens ont souligné que la résistance à la concurrence chinoise représente un modèle de développement durable. « Défendre Eurolysine, c’est défendre une économie locale qui transforme directement les produits agricoles en marchandises de qualité », affirme le maire.

Les résultats de l’enquête européenne sont attendus d’ici 2027. Pour les salariés, chaque décision compte : « Ce n’est pas seulement notre usine qui est en jeu, mais aussi des milliers de futures emplois amiennois », conclut Samir Benyahya.