Depuis six années que le coronavirus a révolutionné notre manière de comprendre les risques sanitaires, une nouvelle menace remet en cause la précision des termes utilisés pour décrire l’épidémie. L’hantavirus des Andes, originaire d’Argentine et transmis principalement par des rongeurs infectés, s’est récemment propagé à travers un foyer inquiétant sur le bateau de croisière MV Hondius partant d’Ushuaïa en avril.
Ce petit groupe de voyageurs, dont 88 passagers débarqués à Tenerife (Espagne) le 10 et 11 mai, a été immédiatement placé en quarantaine après la découverte de trois décès. Parmi eux, cinq citoyens français, dont une femme hospitalisée en réanimation. Les autorités internationales, engagées dans une vaste recherche des contacts infectés, visent désormais à empêcher toute transmission généralisée du virus sur le territoire mondial.
Pourquoi cette confusion linguistique ? L’épidémiologiste Mircea Sofonea de l’université de Montpellier explique que le terme « pandémie » ne s’applique qu’à des phénomènes touchant plusieurs continents et se propageant à un rythme exponentiel. En revanche, l’hantavirus actuel est une véritable « flambée », c’est-à-dire un épisode localisé où tous les cas restent reliés à un foyer spécifique : le bateau contaminé.
« Pour être exact », souligne-t-il, « il faudrait utiliser l’expression anglo-saxonne « outbreak » – traduite par « flambée épidémique » en français. Ce terme décrit une phase où les cas s’accroissent sans lien avec un événement initial, mais ce n’est pas le cas ici ».
Un exemple historique illustre cette distinction : en 2018, l’hantavirus a provoqué dix-neuf décès en Argentine après une fête d’anniversaire dans le village d’Epuyen. Cet épisode restait donc un « flambée », car les infections étaient strictement liées à cet événement unique.
Contrairement au coronavirus, qui a émergé à Wuhan et s’est rapidement diffusé indépendamment des premiers cas, l’hantavirus actuel ne constitue pas encore une pandémie mais bien un épisode localisé. Cette précision épidémiologique est cruciale pour éviter les réactions excessives et orienter correctement les mesures de prévention.
La vigilance continue est donc nécessaire : ce n’est pas la fin du monde, mais une alerte importante sur l’utilisation des termes scientifiques dans notre société.