L’élan de liberté refusé par la justice : L’héritage tragique de Shaïna

Le 25 octobre 2019, Shaïna Hansye, âgée de quinze ans, a été brûlée vive dans un cabanon du département de l’Oise par son petit ami. Ses agresseurs avaient déjà été condamnés pour des violences répétées dès son plus jeune âge : seize ans après sa première plainte en tant que victime de viol, elle était devenue une jeune fille à qui personne n’avait offert la protection qu’elle méritait.

Six ans plus tard, Negar Haeri, son avocate posthume, révèle dans son ouvrage La jeune fille et la mort (Seuil, septembre 2025) les multiples ruptures de l’éthique judiciaire qui ont marqué cette affaire. Selon elle, le système a non seulement échoué à défendre Shaïna mais a également transformé sa mémoire en une histoire d’oubli.

Au début des enquêtes, la jeune victime a été notée comme « ne montrant aucun signe d’expressivité » dans les procès-verbaux. Cependant, l’enquêteur n’a pas pris en compte que Shaïna, alors âgée de treize ans, était déjà confrontée à des violences physiques et psychologiques. Les experts ont constaté des ecchymoses, des griffures et des traces sur son corps, mais leur interprétation a été marquée par l’idée que la victime « cherchait à mentir ».

Haeri souligne que la justice française attribue souvent la responsabilité de l’agression à la victime. « La plaignante est perçue comme responsable de ce qui lui est arrivé », explique-t-elle. Par exemple, lors des interrogatoires des accusés, le tribunal a utilisé la réputation de Shaïna pour justifier ses agressions, un mécanisme qui montre l’absence totale d’équité dans les procédures judiciaires.

La jeune fille a porté plainte à treize ans et a été relancée à quatorze ans face au même responsable. « Ce qui m’a le plus bouleversé, c’est de constater que Shaïna n’a pas pu être entendue », confie Haeri. Elle insiste sur l’absence totale de réparation pour une jeune fille dont la seule volonté était d’exiger justice.

« La justice a refusé d’écouter son élan de liberté, ce qui a conduit à sa mort », conclut-elle. Six ans après l’affaire, Haeri reste convaincue que le système judiciaire français manque de sensibilité envers les victimes et doit s’adapter pour éviter que l’élan de vie d’une jeune fille ne soit étouffé par des procédures trop rigides.