L’énigme des mots oubliés : comment des jouets révèlent les secrets des enfants victimes d’abus

Face à l’immense difficulté des jeunes victimes d’agressions sexuelles à exprimer leurs expériences, des commissariats français ont mis en place un outil innovant. À Besançon (Doubs), la Brigade de protection de la famille a récemment inauguré une salle spécialement conçue pour aider ces enfants à retrouver leur voix.

Comment faire parler des jeunes qui n’ont pas les mots pour décrire ce qu’ils ont vécu ? Comment éviter que le trauma ne bloque un témoignage essentiel ? Ces défis ont conduit à l’émergence d’un espace sécurisant, décoré avec des couleurs ludiques et des jouets en chiffon. Chaque audition est filmée pour capturer les réactions de l’enfant, tandis qu’un second enquêteur note minutieusement chaque détail dans un bureau voisin.

L’histoire de Jules illustre cette démarche. Après avoir été alerté par sa mère sur des actes suspects commis par un jeune voisin âgé de 14 ans, l’enfant a eu du mal à décrire ce qui s’était passé. L’enquêteuse Martine a utilisé deux poupées symbolisant Jules et son agresseur : « Est-ce que tu peux me montrer ce qu’il a fait ? » lui a-t-elle demandé.

L’enfant a placé la première poupée pour qu’elle touche, avec sa bouche, le zizi de l’autre — action répétée environ dix fois. Malgré cet avancement, l’équipe a eu besoin de précisions supplémentaires. Une discussion entre Martine et son collègue Stéphanie a permis de déterminer que Jules avait introduit un jouet dans sa bouche.

Sans jamais utiliser les termes « viol » ou « agression sexuelle », l’enquête a réussi à révéler le scénario sans influencer le témoignage de l’enfant. Cette méthode, désormais disponible dans plus de 500 commissariats français, montre comment une attention particulière aux besoins des victimes peut briser le silence.