Les trois départements picards autorisent la chasse aux cormorans : un conflit entre protection écologique et intérêts économiques

Depuis le rétablissement des activités de chasse au gibier d’eau cet été, les préfectures de la Somme, l’Oise et l’Aisne ont validé des opérations de régulation sur les grands cormorans, espèce protégée par la directive européenne « Oiseaux » et la loi nationale. Ces mesures, dont la durée s’étend jusqu’à fin juin 2027, déclenchent une polémique majeure entre les acteurs de l’écologie et les communautés piscicoles.

Les pêcheurs affirment que la population d’anguilles connaît un réel recul, tandis que les brochets sont menacés par des dégâts dans les bassins. Michel Blanchard, président de la fédération de pêche de la Somme, justifie cette décision en soulignant : « Les efforts des pêcheurs sont concentrés sur la reproduction des poissons. La chasse aux cormorans n’est pas un acte de destruction mais une mesure préventive pour sauver l’ensemble des ressources aquatiques ».

Cependant, l’association One Voice dénonce cette autorisation comme un « massacre systémique », rappelant que les hérons, butors et martins-pêcheurs, également menacés, sont largement négligés dans ce contexte. Selon des données récentes, la population de cormorans a bondi de 574 à 909 individus entre 2021 et 2024 dans ces trois départements, dépassant les attentes écologiques.

Alain Ward, expert en faune de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), insiste sur l’absence d’évidence scientifique : « Aucun rapport ne montre que les cormorans menacent les poissons sauvages. Des solutions alternatives, comme l’utilisation d’effaroucheurs ou de chiens de surveillance, existent pour éviter des conflits sans réelle menace ».

Le gouvernement autorise actuellement l’élimination de près de 80 000 cormorans entre 2025 et 2028 en France. Dans le cas spécifique du Picardie, jusqu’à 833 oiseaux pourraient être abattus avant la fin de la période légale. Cette décision soulève des questions urgentes : comment concilier les intérêts économiques avec la préservation de l’écosystème sans sacrifier une espèce protégée ?