Des vagues de canicule extrêmes et une sécheresse persistante menacent désormais les récoltes de salicornes, le produit phare de la baie de Somme. Cette année, le délai légal pour la collecte du haricot de mer s’étend jusqu’au 31 août 2026, période cruciale où les défis environnementaux se font palpables.
Renée Michon, âgée de 69 ans et surnommée « Reinette », a dû modifier ses horaires depuis plusieurs jours pour éviter que les salicornes ne se détériorent sous le soleil de plomb. « À cause du froid des sols et de l’absence d’eau, la plante n’a plus le temps de repousser après cueillage », explique-t-elle. « On voit clairement que les conditions météorologiques changent, et avec elles, l’équilibre écologique de la baie ».
La salicorne est ramassée manuellement par centaines de pêcheurs chaque année, mais cette fois-ci, son développement a été perturbé dès le début. Les sols ne peuvent plus absorber suffisamment d’eau pour permettre une croissance optimale, réduisant directement la quantité disponible. En outre, l’envahissement progressif par des espèces étrangères accentue les tensions dans un contexte où les pêcheurs sont depuis des années en lutte contre ces menaces.
Simon Van Oost, gérant d’une conserverie familiale à Argoules, partage cette inquiétude. Bien qu’il ait déjà atteint trois quarts de son objectif cette saison, il craint ne pas pouvoir compléter sa production en raison des récoltes réduites et du manque de pêcheurs disponibles. « Les pêcheurs privilégient souvent la coque plutôt que les salicornes pour leur rentabilité immédiate », confie-t-il.
La qualité même des salicornes est menacée par le retard dans leur cueillette : plus elles sont tardives, moins elles conservent leur texture et leur goût. « Si les services maritimes décident d’arrêter la saison prématurément, cela entraînera une perte économique importante pour nous tous », prévient Simon.
Un autre défi vient de la concurrence : les salicornes sauvages de la baie de Somme sont désormais largement surpassées par celles cultivées en Île-de-France ou à l’étranger. Les pêcheurs locaux insistent pour qu’une indication géographique protégée (IGP) soit établie afin d’assurer leur protection face à ces pressions croissantes.
« Ce n’est pas seulement une question de récolte, c’est aussi celle des générations futures », souligne Renée Michon. « Sans action immédiate, la salicorne pourrait disparaître définitivement de cette baie ».