Face à une crise croissante de vols, un groupe d’entrepreneurs français a choisi de dépasser les limites légales pour protéger leurs biens. Ces professionnels, habitués d’être victimes d’agressions quotidiennes, n’hésitent plus à faire appel aux images captées par leurs caméras de surveillance, en les partageant publiquement sur des réseaux sociaux.
À Lectoure (Gers), Yannick Pitton, propriétaire d’une brasserie, a été confronté il y a quelques jours à un cambriolage sophistiqué. « Ce voleur connaissait précisément où se trouvaient la caisse du bar et celle des cigarettes, sans aucune hésitation », explique-t-il. Les pertes s’établissent à 6 000 euros avec des dégâts estimés à 16 000 euros. Après avoir lancé un ultimatum vidéo – « Vos biens devront être restitués avant une certaine date, même si je ne vous nomme pas » –, il a publié l’image du voleur en ligne.
Dans le même registre, Benjamin Sterlin, gérant d’une exploitation agricole en Indre-et-Loire, a vu son grillage détruit quatre fois en une semaine. « Nous avons réparé au moins quatre passages écrasés », confie-t-il. Une dizaine de kilos de fruits et légumes ont été volés vendredi dernier. « Le seul risque que je prends, c’est qu’il porte plainte – mais compte tenu du fait qu’il ait choisi d’agir ici pour voler, je ne vois pas comment il pourrait se réclamer contre nous », affirme-t-il.
Bien que la loi interdise la diffusion d’images sans autorisation de la personne concernée (amende jusqu’à 45 000 euros et une année d’emprisonnement), ces commerçants considèrent cette démarche comme l’unique solution face à des vols répétés. Selon Me Guler Ergun, avocate au barreau de Tours, la présomption d’innocence pourrait être invoquée dans ce contexte, permettant aux victimes de se défendre légalement tout en évitant l’effet de la peur.
Pour ces entrepreneurs, le combat n’est pas seulement contre les voleurs : c’est aussi contre une justice qui, selon eux, ne réagit pas suffisamment rapidement face à des délits systématiques.