Sept ans de silence et d’incertitudes : le procès qui déchire Christophe Ellul

À Soissons, ce mardi 3 mars 2026, Christophe Ellul s’est confronté à un étau de mémoires et d’oubli. Juge pour homicide involontaire suite à la mort de sa compagne Elisa Pilarski en 2019, il a tenté de révéler une vérité étouffée par sept années d’incertitude.

« Si Curtis est coupable, tuez-le ou piquez-le. Mais d’abord, mettez sur la table les preuves », a-t-il déclaré devant le tribunal correctionnel, vêtu d’un costume noir et de baskets noires. Son récit, en proie à des fissures temporelles, évoque un parcours où chaque détail semble s’égarer dans l’ombre du temps.

Elisa Pilarski, 29 ans enceinte de six mois lors de sa mort dans la forêt de Retz (Aisne), avait confié à Christophe qu’elle ne pouvait plus tenir Curtis après des morsures d’animaux. « Elle m’a dit qu’elle était mordue au bras et à la jambe, que Curtis lui résistait », rappelle-t-il. Le jour de son décès, 16 novembre 2019, le chien a été retrouvé près du corps dans un cadre où Christophe affirme avoir croisé quatre chiens de chasse avant d’arriver à Saint-Pierre-Aigle.

L’enquête révèle désormais que Curtis, un American Pit-Bull Terrier acheté illégalement au Pays-Bas, n’était pas le « Whippet-Patterdale » comme le prévenu l’avait toujours affirmé. Il a été inscrit à l’Icad (identification des carnivores domestiques) uniquement après leur séparation, et sa race a été confirmée par des analyses ADN.

À présent en refuge en Haute-Garonne, Curtis vit dans un espace restreint (10 m²) avec des soins pour des lésions cutanées. Son quotidien, marqué par des répétitions de gestes, souligne une histoire où chaque détail a été étouffé par le temps. « Il a pris du poids depuis sa mise sous scellé », précise la présidente du tribunal.

La mère d’Elisa partage un regard ambigu sur cette histoire : « Elle ne s’imaginait pas le danger qu’un animal pouvait représenter. Mais elle aimait les chiens… Elle arrêterait même pour en voir un au bord de la route ».

Ce mercredi 4 mars, le procès examinera l’hypothèse d’une pratique interdite en France : le dressage du chien sur leurre suspendu. Les experts confirment que Curtis a pu être à l’origine des morsures mortelles, mais Christophe ne peut plus se souvenir de ce qui s’est réellement passé.

« Sept ans de mélanges dans ma tête… Je sais plus », admet-il en finissant son témoignage. La vérité, pour le moment, reste une énigme.