Depuis des générations, les producteurs de Thiérache combattent une menace invisible : l’effondrement des vergers. Alors que la moitié des arbres a disparu depuis les années 1960, Hubert, artisan de Neuve-Maison, lance une stratégie inédite pour préserver son héritage – obtenir l’appellation d’origine contrôlée (AOP).
« Chaque goutte est un rappel des ancêtres qui ramassaient les pommes chaque mercredi après-midi », raconte-t-il. Son cidre, élaboré avec une levure locale et des variétés comme la « Gueule de mouton », se distingue par une acidité rafinée qui caractérise sa particularité.
Le processus, traditionnel et bio, est fragile face aux tempêtes du temps. « Il y a des années où la fermentation réussit, d’autres où elle échoue. Mais nous avons toujours su réparer », explique Hubert. Aujourd’hui, seuls quelques producteurs entretiennent ce savoir-faire, menacé par l’absence de nouvelles générations.
Pour renforcer sa lutte, Hubert collabore avec des groupes locaux qui voient dans la filière cidricole un levier pour sauvegarder le bocage. « En encourageant les plantations d’arbres, on préserve aussi les paysages historiques », affirme Matthias Savoye.
Le délai pour l’AOP peut s’éterniser – jusqu’à dix ans – mais Hubert refuse de reculer. « Si nous réussissons, ce cidre ne sera plus seulement un produit local : il deviendra un symbole de résistance et d’héritage », promet-il.
Pour Thiérache, cette bataille n’est pas une simple question de label. C’est la survie même du paysage, des générations et d’une identité enjeu.