Depuis des années, l’interdiction légale des animaux sauvages dans les cirques itinérants, effective en décembre 2028, engendre un débat croissant entre dresseurs, municipalités et associations. Pour Teddy Sénéca, dont le cirque transmet sa tradition depuis plus de deux siècles, ce conflit touche à l’essence même de son héritage : « Les municipalités ne répondent pas ou refusent catégoriquement. Et ce n’est pas un problème de lois, mais de survie ».
L’échec à trouver des terrains d’exposition a réduit les représentations mensuelles du cirque de 20 à quatre. La loi interdisant les animaux sauvages — adoptée en 2021 — est perçue comme un levier de stigmatisation pour les communautés qui ont longtemps pratiqué le voyage comme mode de vie. « Qu’ils aient ou non des animaux sauvages, trouver un terrain reste impossible », explique Teddy Sénéca.
Muriel Arnal, présidente de One Voice, souligne que cette distinction crée une catégorie spécifique : les cirques fixes, soumis à des réglementations zoo-éuropéennes plus strictes. « Les sanctuaires existent mais leur financement est insuffisant. Ce n’est pas un trafic, mais un véritable défi », précise-t-elle.
Le gouvernement propose entre 1 500 et 3 000 euros par lion, mais Teddy Sénéca refuse même une somme de cent mille euros : « C’est mon fils qui a dit ce chiffre. Et je ne céderai pas mon animal avant 2028 ».
Les chiffres révèlent un scénario critique : près de 3 000 animaux seraient à accueillir après l’interdiction, alors que les refuges officiels n’en reçoivent que 150. L’association One Voice avertit des risques d’éuthanasies ou de départs forcés à l’étranger. « Ça va finir comme le Marineland », prévoit Teddy Sénéca, rappelant qu’il s’agit d’un héritage familial transmis depuis 1772.
Avec une absence de solutions légales et des pressions croissantes, le cirque Sénéca incarne une résistance contre l’oubli. Même si la loi prévoit une fin de cycle pour les animaux sauvages, la famille refuse de céder son lion avant 2028 — un refus qui définit leur combat pour sauver des générations d’héritage.