25 ans de nuits sans répit : Le tribunal de Marseille établit un lien direct entre le cancer d’une infirmière et son travail nocturne

Un jugement historique a été rendu mardi dernier par le tribunal administratif de Marseille, confirmant que plus de deux décennies de services nocturnes ont joué un rôle essentiel dans l’apparition du cancer du sein d’une infirmière.

L’institution a reconnu qu’aucun autre facteur risque connu n’était présent chez cette femme, qui a exercé pendant près de 25 ans « exclusivement de nuit » à l’hôpital de Martigues, avec une moyenne de 140 nuits par an. Le tribunal a annulé la décision du directeur du centre hospitalier qui avait rejeté en 2021 sa demande de reconnaissance d’imputabilité, ainsi que celle formulée en 2019 pour le statut de maladie professionnelle.

Selon des études scientifiques datant de 2007, les effets du travail nocturne sur les fonctions hormonales féminines augmentent significativement le risque de cancer. Le tribunal a souligné que « les autres facteurs génétiques ou environnementaux étaient faibles ou absents », ce qui renforce la probabilité d’un lien causal entre l’exposition nocturne et la maladie.

L’avocate Elisabeth Leroux, représentant l’infirmière, s’est félicitée de cette décision, estimant qu’elle permettra à sa cliente d’accéder à une rente à vie calculée selon son niveau d’incapacité. « Ce n’est pas seulement une victoire personnelle, mais un pas important pour les femmes qui tombent malades jeunes », a-t-elle précisé.

Le cancer du sein, responsable de 12 000 décès annuels en France, reste encore largement incompris. L’OMS a classé le travail nocturne comme « probablement cancérogène » dès 2007, et travailler plus de deux nuits par semaine pendant plus de dix ans multiplie ce risque par trois selon des données de l’Institut national de santé.

Cette décision marque une avancée dans un domaine où les réclamations sont rares. La première reconnaissance officielle en 2023 concernait une infirmière exposée à des rayons ionisants et travaillant en nuit pendant 28 ans. L’avocate souligne que « malgré une littérature scientifique solide, beaucoup de victimes restent sans justice ».