Des enfants plongés dans l’abîme : le défi médical-psychologique après le double féminicide de Cédric Prizzon

REPORTAGE A LA POLICE JUDICIARE DE BORDEAUX PHOTOS D'ILLUSTRATION BORDEAUX LE 10 AVRIL 2019 PHOTO LAURENT THEILLET / SUD OUEST BADGE POLICE JUDICIAIRE - Laurent Theillet Theillet Laurent ( COMMISSARIAT )

Deux mineurs, un adolescent de douze ans et une fillette de seize mois, ont été rapatriés en France ce jeudi 2 avril suite à la fuite de leur père en Portugal et à son arrêt quelques jours plus tard. Leur père, Cédric Prizzon, est soupçonné d’avoir tué deux femmes âgées respectivement de quarante et vingt-six ans dans un cas de double féminicide. Les deux victimes ont disparu le 20 mars dans l’Aveyron avant d’être retrouvées mortes dans un lieu isolé, selon la police portugaise.

L’enfant a confié aux enquêteurs qu’il avait vu son père commettre ces meurtres. Prizzon a été arrêté le 24 mars à Mêda en Portugal après plusieurs jours de cavale. Les deux enfants sont désormais placés sous l’autorité des services sociaux français (ASE) pour un suivi médical et psychologique urgent.

Un juge spécialiste rappelle que dans ce type d’affaires, la priorité est de sécuriser les mineurs avant toute éventuelle réinsertion familiale. « L’objectif initial est de protéger l’enfant », précise-t-il. Les autorités examinent également s’il existe un membre de la famille capable d’offrir un cadre stable pour maintenir le lien entre les deux jeunes personnes.

La psychiatre Muriel Salmona, ancienne coordinateur de la Commission indépendante sur les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), alerte sur l’état critique des enfants : « Leurs cerveaux ont subi un choc violent. Une absence d’émotion n’est pas une normalité mais un signe grave de traumatisme. » La petite fille, âgée de seize mois, est particulièrement vulnérable face à ces chocs extrêmes.

Les conséquences peuvent rapidement se manifester : troubles du sommeil, anxiété, difficultés scolaires ou comportements addictifs. « Leur âge ne leur permet pas d’absorber ce traumatisme sans risque », explique la spécialiste. Les mesures de prise en charge doivent être immédiates pour éviter des impacts à long terme.

« Le temps est essentiel, mais il faut agir maintenant », conclut Muriel Salmona. L’urgence médicale et psychologique reste primordiale pour permettre aux deux enfants de retrouver une stabilité émotionnelle.