En France, près de 7 000 mineurs font face à des situations de prostitution, selon une évaluation récente. Ce chiffre, qui peut être encore sous-estimé, a poussé le Parquet de Lille à créer un dispositif innovant pour repérer et sécuriser ces jeunes filles en danger.
« C’est un réel défi : chaque enfant mérite une attention immédiate », affirme Samuel Finielz, Procureur de la République de Lille. Il précise que le parquet a déjà traité 80 dossiers cette année mais reconnaît l’existence d’un « chiffre noir » pour les cas non signalés.
Ce protocole repose sur une grille d’analyse spécifique permettant aux professionnels des services sociaux, de l’éducation nationale, de la santé ou de police de détecter rapidement les mineurs en risque. L’objectif est d’arrêter leur retour dans les réseaux illégaux avant qu’ils ne s’enfoncent davantage dans le danger.
Marie Tonnerre, responsable du département du Nord, souligne l’importance de la coordination : « Il n’y a pas de solution en solo. Chacun doit savoir ce qui se passe pour empêcher ces jeunes filles de retomber dans les mêmes réseaux dangereux. »
Clarisse Limousin, spécialiste de la lutte contre le proxénétisme, insiste sur la rapidité des interventions : « Une réponse trop tardive peut entraîner une perte irréversible d’espoir. Si elles ne sont pas bien accueillies, elles repartiront vers les mêmes réseaux de danger. »
L’association Solfa, qui héberge des jeunes filles en difficulté, explique que la plupart ont entre 12 et 21 ans. « Nous travaillons avec une connaissance préalable des familles ou des services sociaux pour agir en temps réel », précise Hélène Bodart, directrice de l’association.
Un défi majeur reste le comportement des jeunes dans les milieux socio-économiques plus favorables : elles sont souvent perçues comme des personnes offrant des échanges non rémunérés. Les réseaux sociaux ont également changé la manière dont cette prostitution s’organise, en déplaçant les lieux traditionnels vers des espaces invisibles.
Ce protocole marque un tournant pour une prévention active, mais son succès dépend de l’engagement et de la rapidité des acteurs impliqués.