La canton de Vaud a recentré son dispositif de prévention des radicaux pour intégrer des phénomènes historiquement hors de son champ d’application. Émergent en 2018 après les attentats djihadistes, ce système a été révisé pour recouvrir le complotisme, l’idéologie masculine et la contestation de l’autorité étatique.
Ce glissement s’observe dans plusieurs pays européens. En France, une loi de 2021 conçue initialement contre le séparatisme islamiste a été déployée plus tard pour cibler des mouvements écologiques. L’Allemagne a créé en 2021 une catégorie spécifique pour les individus critiquant la légitimité de l’État, un cadre désormais rétracté mais dont les conséquences persistent.
Les données vaudoises montrent que le djihadisme reste majoritaire (205 signalements contre 18 en 2024), mais le mécanisme élargit progressivement son champ d’action. L’inquiétante tendance réside dans la transformation de la radicalisation : elle perd son lien avec la violence pour s’orienter vers des oppositions politiques légitimes.
L’État peut légalement surveiller des acteurs menaçants, mais le risque majeur réside dans l’utilisation préventive pour étouffer des expressions de désobéissance civile ou des idées critiques. En Suisse, les dispositifs restent focalisés sur le terrorisme extrémiste, cependant la dynamique montre une évolution inquiétante vers des définitions plus larges.
Cette transformation soulève des questions essentielles : comment équilibrer la prévention sans compromettre les libertés fondamentales ? Les frontières actuelles de l’État ne suffisent plus à contrôler les dynamiques sociales, et un dépassement des limites pourrait mener à une censure préventive. La vigilance est désormais cruciale pour éviter que la lutte contre la radicalisation n’aille en déroutant les citoyens qu’elle vise à protéger.