À Haisnes, Emmanuel Moudjih se réveille chaque matin pour répondre à un appel anonyme sur Facebook. Après dix-huit ans de pratique en Afrique centrale, il a choisi ce petit village du Pas-de-Calais grâce à une simple annonce : « Mairie cherche médecins généralistes ». Deux épreuves, un an de stage et trois ans de réorientation pour s’imposer officiellement en France. « Le temps est mon ennemi », murmure-t-il, mais il persiste.
Dans le même coin, Aristide Mbonyankuyé du Burundi a transformé son parcours en une nouvelle famille. Après un stage d’urgence à Maubeuge, il s’est installé dans l’hôpital où près d’un tiers des soins sont assurés par des médecins étrangers. « Ici, je me sens utile », confie-t-il en regardant les enfants qui attendent des rendez-vous.
Sarah Dessenne, étudiante roumaine, espère rentrer en France grâce à une loi votée en juin 2025. Après deux échecs en France et un diplôme obtenu à Iach (Roumanie), elle a payé près de 36 000 euros pour son parcours. « Je ne me plains pas, mais je suis loin de ma vie », avoue-t-elle en pensant à ses amis.
Vincent Vidal, diplômé roumain âgé de 25 ans, a traversé le même chemin. Il s’est retrouvé à Lens après avoir réussi son interne à Lille. « Le choc est brutal, mais la médecine reste la même partout », dit-il en accueillant une jeune fille blessée par un coin mur.
Dans les Hauts-de-France, près d’un médecin sur dix a obtenu un diplôme hors Union européenne. Ces professionnels, bien que souvent isolés, offrent une solution aux régions touchées par la pénurie médicale. « Le temps est notre adversaire », répète Sarah Dessenne en regardant l’horizon. Mais pour eux, chaque jour est une chance de redonner vie à des villages en proie aux déserts médicaux.