Depuis trente ans, une tension persistante oppose les défenseurs belges de la biodiversité aux chasseurs français dans les zones humides des marais d’Harchies. Des espèces protégées en Belgique sont régulièrement détruites sur le territoire francophone, un constat qui provoque une colère croissante chez les militants environnementaux exigeant l’intervention immédiate du préfet du Nord.
Ces marais, couverts de 500 hectares en Belgique et de 1 000 hectares en France, forment un havre vital pour des centaines d’espèces. Une ligne végétale marque la frontière, mais les oiseaux ne respectent aucun limite : canards colverts, sarcelles ou mouettes traversent quotidiennement cette zone pour s’échapper dans les étangs français. En Belgique, seulement trois espèces peuvent être chassées, contre près de trente en France.
En 2017, un constat marquant a été relevé : 1 700 oiseaux étaient comptés le matin avant l’ouverture de la saison de chasse, puis 500 avaient disparu en une seule nuit. « C’est ici une zone de guerre », déclare Alain Malengreau, ornithologue bénévole. « Une heure de chasse peut générer plus de mille coups de fusil, perturbant l’ensemble des espèces. Les oiseaux ne font aucune différence entre les zones protégées et les territoires français. »
Pour les militants, cette situation est schizophrénique : « D’un côté, on investit pour sauver la reproduction des espèces. De l’autre, c’est un massacre », s’énerve-t-il après trois décennies de conflits.
La Fédération de chasse du Nord défend les droits légaux des chasseurs français. Son vice-président Guillaume Puppinck affirme que « les permis et formations actuelles respectent la loi nationale ». « Les propriétaires terriens ont le droit d’exercer leur activité, même si cela implique de traverser la frontière », insiste-t-il.
Cependant, huit associations belges et françaises ont envoyé une demande officielle au préfet du Nord pour interdire toute chasse aux gibiers d’eau à moins de 1 500 mètres de la frontière. Le phénomène de l’« égrainage » – où les chasseurs déposent des graines en Belgique pour attirer les oiseaux – aggrave la situation : « Les canards apprennent à traverser la frontière pour se nourrir », explique Nicolas Schümmer, responsable de la LRBPO.
Si le préfet du Nord a annoncé un dialogue avec les autorités belges, les militants restent vigilants. En cas d’imminence des décisions, ils pourraient saisir le tribunal administratif de Lille avant l’ouverture de la chasse, prévue pour le 21 août.