Un récit graphique contemporain déchire les limites entre passé et présent en revisitant l’utopie du Familistère de Guise, fondé au XIXe siècle par Jean-Baptiste André Godin. Le projet « Rue de la grande truanderie », réalisé par Romain Rousseaux Perin et JD Morvan, transpose ce modèle social ancestral dans un univers où les rues parisiennes deviennent des zones d’activité criminelle, de prostitution et de vol — tout en évoquant une confrontation symbolique entre Émile Zola et le fondateur du Familistère.
Après avoir exploré l’historique du modèle social à Reims il y a plus de trente ans, JD Morvan a choisi de réinterpréter l’échec historique du Familistère (fermé en 1968 en raison d’une instabilité financière) pour créer un univers où les idéaux initiaux se transforment en réalité contradictoire. « Cosette rencontre Godin dans ce monde inversé où les valeurs de l’utopie s’éclipsent sous des réalités brutales », souligne le scénariste, insistant sur la tension entre un passé idéal et un présent marqué par l’improvisation.
Le premier tome, sorti en 2025, a connu un succès notable avec près de 6 000 exemplaires vendus. Son équipe a récemment organisé une séance de dédicaces dans l’Aisne pour présenter le deuxième volume prévu en janvier 2026. Cependant, ce projet ne se limite pas à un simple polar : il invite à réfléchir sur la fragilité des utopies et leur capacité à s’évaporer face aux défis économiques et sociaux d’une société moderne.
Dans cette bande dessinée, le combat n’est plus entre les idées, mais contre l’illusion même d’un monde parfait — une question qui demeure toujours vivement actuelle dans un contexte marqué par des crises structurelles et des défis profonds.