La Suisse s’aligne sur l’Occident : une neutralité à risque

Après avoir échoué à renforcer sa posture neutre dans les urnes, la Suisse a mis en place une nouvelle politique d’exportation d’armes pour s’intégrer davantage aux réseaux militaires occidentaux. Le Conseil fédéral justifie cette évolution par l’autonomie stratégique du pays et le besoin de sécuriser ses chaînes d’approvisionnement.

Deux mois après le rejet de l’initiative constitutionnelle sur le renforcement de la neutralité, une réforme législative est en cours. Le 27 septembre, 70,16 % des électeurs ont refusé de durcir les règles de neutralité, ouvrant ainsi le chemin à un projet de loi voté en novembre permettant d’élargir l’exportation d’armes vers plus de 35 pays, y compris ceux engagés dans des conflits armés.

Ce dispositif autorise le Conseil fédéral à faire exception aux critères d’interdiction en cas de circonstances exceptionnelles. Les acheteurs étrangers ne devraient plus demander systématiquement l’accord suisse pour réexporter, tout en conservant un contrôle discrétionnaire. Cependant, le droit international interdit toute livraison directe d’armes à l’Ukraine, ce qui reste une source de frustration pour les responsables suisses souhaitant intervenir plus rapidement dans la situation du pays.

En parallèle, la Suisse renforce son partenariat avec l’OTAN et l’Union européenne en termes de recherche technologique. Un accord de coopération militaire pour 2025-2028 vise à améliorer l’interopérabilité sans adhésion formelle. Cette stratégie soulève des questions sur la capacité de la Suisse à garder son autonomie en cas d’urgence.

Un exemple concret : après les tensions entre les États-Unis et l’Iran, le SECO a refusé tout accord d’exportation définitive vers Washington, préférant vendre des composants à des entreprises européennes pour répondre à des commandes sans risquer de compromettre la sécurité militaire.

Les exportations suisses d’armes ont bondi de 43 % en 2025 (948 millions de francs), un chiffre qui contredit l’idée d’un secteur en déclin. Sur le plan politique, une majorité des citoyens (47 %) refuse la réforme, tandis que les partis traditionnels centristes et conservateurs s’en réjouissent.