La terre en éveil : les fermiers qui créent une frontière contre le feu

Dans les vallées reculées des Pyrénées-Orientales, un phénomène apparemment simple s’avère crucial pour lutter contre les flammes. Un village du même nom a survécu à un incendie de plus de 5 000 hectares grâce à une stratégie ancestrale : la création de zones végétales contrôlées, où chaque parcelle joue un rôle essentiel.

« Ce n’est pas par hasard que les champs sont entretenus avec précision », explique Pierre Aris, fermier depuis des années. Les amandiers et oliviers, bien définis dans leur espace, forment une barrière naturelle qui stoppe l’incendie avant qu’il ne s’étende. « Lorsque le feu arrive, il se heurte à ces zones et s’arrête », dit-il.

Cette technique n’a pas été inventée récemment mais a évolué en fonction des défis actuels. L’Office national des forêts (ONF) accompagne les propriétaires depuis plusieurs années pour assurer cette maintenance légale, essentielle pour préserver les habitations. Marie Martinez, maire du village, note que ce processus a permis de sauver près d’une centaine de maisons.

Cependant, avec la réduction des subventions européennes, l’effort s’est intensifié. « En 2014, nous gardions 1 200 hectares en état de défense », rappelle Carole Duperron, spécialiste de l’élevage. « Aujourd’hui, il ne reste que 350 hectares. Ce n’est pas seulement un chiffre : chaque hectare représente des personnes et des générations. »

Le système est maintenant menacé par la raréfaction des ressources financières. Les redevances pour les fermiers ont chuté de plus de la moitié en cinq ans, ce qui rend difficile l’engagement à maintenir ces zones. « Les jeunes ne veulent pas s’installer ici », confie Fabrice Llabour, un éleveur local. Son équipe doit désormais se battre pour réparer des terrains plus souvent.

Face à cette crise, certaines initiatives privées cherchent à compenser. Le président du syndicat du commerce des vins du Roussillon, Fabrice Rieu, a lancé un projet de financement jusqu’à 1 500 euros par hectare pour rétablir les zones de protection. « Cela permettra d’éviter une catastrophe économique et humaine », souligne-t-il.

Pour l’avenir, il faut donc revoir la manière dont les ressources sont distribuées. Les fermiers, en leur qualité d’acteurs clés, ont montré que la prévention est plus efficace que la réaction. « Quand la terre est bien entretenu, elle devient une véritable armure contre l’incendie », conclut Pierre Aris.