L’Écosystème Marin En Détresse : Les Planctons Épuisés en 30 Ans de Chaleur

Depuis les années 1960, la température de l’eau dans la Manche et la Mer du Nord a augmenté de plus de deux degrés. Au cours de ces trois décennies, le nombre de journées canicules marines a plus que triplé, avec soixante-cinq jours enregistrés sur les côtes françaises en 2025.

Grégory Beaugrand, chercheur au CNRS à Wimereux (Pas-de-Calais), dévoile un phénomène écologique critique. Son analyse montre que le plancton marin, autrefois dominé par des espèces froides comme le Calanus finmarchicus, a vu sa part réduite à moins de 20 % en raison du réchauffement climatique.

« Dans les années 1960, ce type d’espèce représentait plus de 80 % des populations zooplanctoniques. Aujourd’hui, elles sont presque disparues », explique-t-il. « Cela a un impact immédiat sur la morue, qui a vu sa population chuter de façon exponentielle dans les zones traditionnelles de pêche. »

Les conséquences s’observent déjà : les thons rouges et les sardines apparaissent en Manche mais en quantités minimes. Les harengs arrivent désormais plus tardivement et en moindres nombres, marquant le début d’un changement profond.

« L’écosystème marin réagit avec une extrême sensibilité aux variations thermiques », ajoute-t-il. « Une légère augmentation de température peut déclencher des perturbations écologiques irréversibles. »

Ce déclin menace l’avenir des pêcheries et des chaînes alimentaires marines. Les investissements en matériel de pêche, conçus pour des espèces spécifiques, risquent d’être vains face à cette mutation rapide.

« Nous vivons actuellement une période de transition climatique sans précédent », conclut Beaugrand. « L’effondrement des écosystèmes marins pourrait affecter directement la sécurité alimentaire et l’équilibre écologique pour plusieurs générations. »