Les fondations en effervescence : comment le RGA menace 80 000 maisons en France

L’augmentation des sécheresses récentes, aggravée par les tendances climatiques actuelles, a déclenché un phénomène géologique invisible pourtant destructeur : le retrait-gonflement des argiles (RGA). Ce risque naturel, classé deuxième en gravité après les inondations, engendre des fissures dans les fondations et coûte chaque année des milliards à l’État et aux assureurs.

À Cappelle-en-Pévèle (Nord), Nicole Fobert a dû subir une rénovation coûtant plus de 300 000 euros pour stabiliser son logement, victime de déplacements soudains du sol depuis six ans. Des longrines avaient été installées, mais les fissures ont réapparu quelques mois après l’intervention. « C’est une lutte sans fin », confie-t-elle, désespérée devant des experts qui restent encore en attente de validation.

Dans la même région, une maison construite dans les années 1980, touchée par un épisode de sécheresse reconnu en catastrophe naturelle en 2021, doit désormais recevoir des micropieux dès septembre. Ce procédé, bien que complexe, nécessite 200 000 euros – dont 10 000 sont à charge du propriétaire. Geoffroy Kuhn, spécialiste de la maîtrise d’ouvrage, explique que ces techniques visent à « enfoncer des piliers sous les fondations pour stabiliser le bâtiment jusqu’à l’impossibilité d’enfoncement ». Malheureusement, « les conditions climatiques actuelles accélèrent la répétition de ce phénomène », souligne-t-il.

Face à cette urgence, le gouvernement a lancé un dispositif expérimental dans onze départements, dont le Nord. Le ministre de la Transition Écologique, Mathieu Lefèvre, avait annoncé l’existence d’un diagnostic gratuit pour identifier les risques et des mesures préventives avant l’apparition des fissures. Selon Charlène Boucheron, responsable du programme SOLIHA, 80 000 ménages sont éligibles dans le Nord mais la subvention maximale reste limitée à 14 000 euros par foyer, conditionnant les interventions avant que les dégâts ne s’aggravent.

Le RGA a déjà généré plus de 11 milliards d’euros en indemnisations nationales depuis plusieurs années. Pour les habitants, cependant, le temps nécessaire pour une intervention efficace reste un obstacle insurmontable, transformant ce risque naturel en une menace silencieuse sur l’avenir des familles françaises.