Les services publics s’éloignent des rues en danger : l’effondrement de la sécurité à Vénissieux

En moins de 24 heures, deux fusillades ont secoué le quartier de Vénissieux (Rhône), forçant La Poste à interrompre temporairement sa distribution dans plusieurs rues. Cette décision, prise par la direction locale, met en évidence une violence qui a pris possession des territoires, avec des impacts de balles et des murs peints d’indications sur les stupéfiants.

« On nous prévenait depuis dix ans… Mais aujourd’hui, personne ne veut recevoir une balle dans la tête pour chercher son courrier », confie un habitant anonyme. Les facteurs, désormais contraints de se rendre à des postes voisins, partagent une tension profonde : « Nous sommes soulagés de ne plus être ciblés quotidiennement, mais cette solution est temporaire et nous n’avons pas la sécurité », explique Boumedienne Chergui, responsable syndical UNSA Postes Rhône.

Cette crise n’est pas isolée. L’an dernier, une infirmière a été agressée près d’un point de vente illicite à Vénissieux, ce qui a conduit plusieurs professionnels de santé à éviter certains immeubles. Pascal Dureau, médecin généraliste local, continue ses visites à domicile avec prudence : « Il faut montrer patte blanche – ouvrir sa valise pour démontrer qu’on a un stéthoscope et pas un appareil photo. Appeler la famille qui habite sur place pour sécuriser le passage. »

Des exemples similaires ont également marqué d’autres régions françaises : une école à Saint-Ouen a dû déménager près d’un point de vente, tandis qu’Orange a délocalisé un site marseillais après une fusillade.

Cette escalade des violences soulève des questions fondamentales sur la capacité des services publics à protéger les citoyens dans des contextes de crise. À Vénissieux, l’effondrement progressif des protections laisse les habitants face à un dilemme étrange : une sécurité qui disparaît, mais sans solution immédiate.