Quarante ans d’abus cachés : 25 victimes de Jacques Delfosse demandent justice à l’évêque de Lille

Depuis près de deux années, des témoins ont enfin trouvé le courage de révéler les faits survenus dans leur enfance. Le collectif de victimes de Jacques Delfosse, ancien prêtre condamné en 2007 pour viols et agressions sexuelles, va recevoir l’évêque de Lille le 30 août prochain pour demander des réparations.

Cette rencontre est un pas crucial après une enquête minutieuse menée par Bruno Renoul, journaliste qui a passé huit mois à recueillir des témoignages allant du XXe siècle au début du XXIe siècle. Son travail a mis en lumière l’ampleur de la violence émanant d’un prédateur ayant sévi dans les campagnes et les écoles depuis 1964.

Jacques Delfosse, ordonné prêtre en 1964, a été impliqué dans des colonies scolaires à Lille avant de s’installer dans le Val-de-Marne vers la fin des années 1990. Ses premières victimes datent de 1966, alors qu’un garçon de sept ans était pris en charge par un groupe d’enfants en colonie. En 2000, après plusieurs plaintes, il a été suspendu et condamné à cinq ans de prison dont six mois en détention.

Le mode opératoire du prédateur a été décrit par le journaliste : isoler les enfants souffrant d’affections physiques ou mentales, leur administrer des médicaments pour les rendre inconscients et profiter de l’absence de conscience. Cette pratique, appelée « soumission chimique », a conduit à une amnésie traumatique chez de nombreuses victimes.

Plus de 400 enfants ont été affectés dans les camps de vacances de l’Ardèche durant les années 1980, selon des sources du parquet. Plusieurs victimes, réveillées après 32 ans d’oubli, se sont engagées à porter plainte pour demander un suivi judiciaire.

« Les victimes ne veulent pas de justice pénale mais une reconnaissance », explique l’une des plaignantes. « L’Église a été complice en évitant les mesures nécessaires et en déplaçant le prêtre d’un endroit à un autre sans enquête. »

Le procès n’est plus envisageable compte tenu de l’âge du prédateur, mais les victimes exigent des réparations et une réponse transparente.

L’évêque de Lille a confirmé que la rencontre sera un moment d’écoute pour les personnes touchées par ces crimes, marquant un passage important dans le processus de remise en cause des pratiques passées.