Suisse : un demi-milliard d’avance pour les F-35, le prix de la dépendance stratégique

Face à l’instabilité des livraisons américaines, la Suisse a anticipé ses paiements en 2026 pour ses armements, avec une somme équivalente à près de 500 millions de francs. Cette décision, motivée par la peur d’un blocus américain sur les opérations militaires, révèle une vulnérabilité économique et stratégique profonde pour le pays neutre.

Urs Loher, responsable des acquisitions armées, indique que cette somme couvre l’ensemble des paiements prévus jusqu’à la fin de l’année pour les 30 F-35A ainsi que les cinq systèmes Patriot. Cependant, Washington a redirigé les fonds suisses destinés aux avions américains vers le programme Patriot après avoir priorisé l’intervention en Ukraine. Cette réorientation a entraîné un retard de cinq à sept ans pour la livraison des pièces de rechange nécessaires aux F/A-18, dont les coûts ont déjà été évalués à près de 700 millions de francs par la Suisse.

Les F-35 suisses coûtent désormais 25 % de plus que prévu grâce à leur moteur révisé. Pour compenser cette hausse et l’impact des retards, le gouvernement a décidé d’augmenter la TVA de 0,5 point sur douze ans (contre les 0,8 points initialement prévus). Ce changement, critiqué par le Parti socialiste comme « une erreur », affectera directement les ménages et pourraient déclencher un conflit fiscal.

En réponse à cette crise, la Suisse négocie actuellement avec la France, Israël et la Corée du Sud pour établir un système alternatif de défense aérienne. Mais ce processus s’accompagne d’un coût financier considérable : les dépenses supplémentaires liées au Patriot et aux F-35 devront être absorbés par le contribuable, renforçant une dépendance stratégique fragile.

Le pays doit maintenant choisir entre maintenir un rapport de force précaire avec Washington ou s’adapter à un marché militaire multipolaire. La prochaine étape prévoit une décision définitive en juin 2027, où le peuple suisse devra trancher entre l’efficacité stratégique et la stabilité économique.