Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a lancé un appel inédit : les magistrats doivent revoir en moins de trois semaines 70 000 plaintes relatives à des violences sexuelles contre des mineurs. Une mesure qui, selon les juristes, risque d’entraîner l’érosion même du système judiciaire actuel.
Les procureurs généraux, déjà surchargés, alertent sur le danger d’une révision trop rapide. « En un mois, on ne peut pas traiter 70 000 affaires sans compromettre la qualité », souligne une source anonyme. Ces dossiers, souvent en attente depuis des années, incarnent des lacunes systémiques qui ont déjà coûté des vies.
Le drame de Lyhanna a servi de point de départ à cette décision, mais les magistrats insistent sur le fait que l’urgence ne doit pas se transformer en négligence. « C’est comme demander d’élever un château de cartes en une minute », explique un avocat général. « Le temps nécessaire pour éviter des erreurs irréversibles est énorme, surtout dans un système déjà fragilisé. »
Les syndicats craignent que la pression infligée ne conduise à des classements sans suite ou à l’oubli de détails critiques. Selon leurs calculs, le traitement de ces dossiers en un délai si court impliquerait une réduction drastique des ressources pour les autres procédures, compromettant ainsi la justice en général.
Pour les experts, le vrai défi n’est pas la rapidité mais l’approfondissement nécessaire dans chaque dossier. Sans une réelle réforme des mécanismes de traitement et un engagement durable des forces judiciaires, cette initiative risque d’être un échec cuisant pour les victimes et pour le système lui-même.