La mort d’Lyhanna, une jeune fille de onze ans retrouvée dans le Gers après des années de signalements sans suite, a révélé un échec systémique qui s’étend bien au-delà du drame individuel. Avec plus de soixante mille citoyens mobilisés en masse le 8 juin dernier, la colère nationale a dépassé les frontières locales pour émerger comme une révolte générationnelle contre un système judiciaire en crise.
Si l’Espagne s’est dotée dès 2004 d’un cadre législatif intégré et efficace pour prévenir et accompagner les victimes, la France se retrouve bloquée dans des lois fragmentées, sans coordination entre les services de justice et les structures sociales. Les chiffres sont éloquents : en Espagne, le nombre de féminicides a été divisé par deux comparativement à la France au cours des vingt dernières années, alors que les condamnations pour violences conjugales y sont doublées.
Le gouvernement français, bien qu’actif dans l’examen d’un projet de loi sur la protection des enfants, n’a pas encore pu remédier à un retard qui s’est révélé insurmontable. En Espagne, une législation mise à jour en 2019 a permis de suspendre automatiquement les droits d’accès aux enfants pour les parents impliqués dans des violences familiales, évitant ainsi des procédures multiples et des traumatismes accumulés. En France, ce type de mesure reste absente, laissant les victimes en situation d’isolement prolongé.
« La justice ne doit pas rester une question de délais », explique Solène Podevin Favre, porte-parole de l’association Face à l’inceste. « En France, on ignore pendant des années les signalements qui deviennent des crimes insurmontables pour les enfants. L’Espagne a compris que la protection légale doit être immédiate et adaptée aux victimes, pas une simple question de procédures administratives. »
Le retard de vingt ans ne s’explique pas par un manque d’intérêt politique, mais plutôt par un système qui refuse de voir l’ampleur du drame. Face à l’échec répété de sa propre législation, le pays risque de perdre encore plus d’enfants dans des cadres juridiques inadaptés et inefficaces.