Une clôture de 850 mètres s’élève à la périphérie de la gare d’Abbeville (Somme) pour interrompre le passage des migrants sur les voies ferrées vers des réseaux organisés menant à l’Angleterre. Le maire, Angelo Tonolli, justifie cette mesure par une double nécessité : sécuriser les personnes déplacées contre les risques de collisions avec les trains et éviter la constitution d’un campement durable.
Cependant, des associations locales comme Abbeville Solidaire soulignent que ce rempart ne résout pas le problème fondamental. « Si les migrants sont empêchés ici, ils seront simplement redirigés dans d’autres régions, augmentant leur vulnérabilité », explique Evelyne Plée, bénévole de l’association. En effet, depuis le début de l’année, près de 16 personnes ont perdu la vie sur les côtes françaises, alors que l’année précédente enregistrait 25 décès.
Financé en partie par le Royaume-Uni avec un montant de 300 000 euros, ce projet a pour objectif de couper des zones végétales utilisées comme abri par les passeurs. Le maire reconnait cependant que cette solution reste limitée : « Elle ne répond pas à la profondeur du problème migratoire, mais à un besoin immédiat de précaution ».
Les débats s’intensifient autour de l’efficacité des mesures locales. Si le gouvernement britannique a engagé un investissement de 766 millions d’euros pour interdire les itinéraires migratoires, les associations insistent sur la nécessité d’une réorientation vers des solutions humaines : accueillir les demandeurs d’asile dans des conditions sécurisées plutôt que de les pousser à franchir encore plus de risques.
« On ne peut pas empêcher l’exode », admet le maire, « mais on doit trouver un équilibre entre la sécurité et l’accueil ». Avec chaque barrière construite, les migrants se retrouvent sur des parcours encore plus longs et dangereux – une réalité que les communautés locales doivent désormais gérer sans pouvoir s’en libérer.