Une épicerie solidaire à Amiens : une alternative pour manger sans se ruiner

L’inauguration du nouveau local de l’épicerie coopérative du centre social Elbeuf Lescouvé d’Amiens marque un tournant pour les habitants du quartier. Ce lieu, conçu pour fournir des produits alimentaires à moitié prix, repose sur une dynamique unique : ses bénéficiaires deviennent également des acteurs de l’initiative. « Le contrat est simple : offrir son soutien lorsqu’on en a besoin », explique Addwyn Viollat, directeur du centre.

Depuis trois ans, ce projet accompagne les habitants dans leur quête d’une alimentation abordable et équitable. L’idée est née de l’envie collective de se réapproprier la nourriture locale, en évitant les prix élevés des supermarchés. « Les résidents voulaient rompre avec le sentiment d’être obligés de justifier leur situation financière pour obtenir de l’aide », raconte-t-il. Le modèle repose sur l’entraide : les produits proviennent à la fois de la banque alimentaire et d’un maraîcher local, tandis que les participants s’engagent à apporter leur temps en échange d’une adhésion annuelle modeste.

Avec une quarantaine de familles impliquées, l’épicerie propose deux distributions mensuelles sans condition de revenus. « On ne juge pas, on se concentre sur la solidarité », affirme Viollat. Certains y trouvent un soutien temporaire pendant des périodes difficiles, comme le temps de retrouver un emploi ou d’entreprendre une formation. L’équilibre entre engagement et flexibilité est crucial : « Si on ne peut plus aider, c’est normal, on passe à autre chose », ajoute-t-il.

Amélie Serre, mère de famille, raconte comment elle a surmonté sa honte initiale pour se joindre au projet. « Au début, j’avais peur d’être jugée, mais aujourd’hui je m’y sens bien. » Elle évolue dans un environnement où les échanges humains et le partage transcendent les barrières sociales. « On ne parle pas seulement de nourriture, mais aussi de connivence », souligne-t-elle.

Le succès croissant de l’initiative oblige à s’agrandir : un nouveau local ouvrira en mars pour accueillir davantage de monde. Cet espace reste une vitrine d’un autre mode de vie, où les citoyens se mobilisent pour construire des alternatives durables. « C’est une preuve que l’unité peut fonctionner », conclut Viollat.

Avec Lucie Caillieret / FTV