Le destin de Aluminium Dunkerque, ancien joyau de l’industrie française, se joue dans un suspense intense. Le fonds American Industrial Partners (AIP) a lancé un appel d’offres pour vendre l’entreprise, attirant six acteurs majeurs du marché mondial. Parmi eux, des géants comme le japonais Sumitomo, le bahreïnien Alba, les Émirats arabes unis via Emirates Global Aluminium (EGA), la britannique Rio Tinto, la suisse Glencore et la grecque Metlen Energy. La Bpifrance, qui a été sollicitée pour soutenir un candidat, pourrait s’impliquer en acquérant une participation symbolique de 5 à 10 % pour peser sur les décisions stratégiques.
L’État français, selon des déclarations officielles, exige que l’acquéreur soit capable d’assurer la pérennité du site, tout en investissant massivement dans sa décarbonation. Cette exigence soulève des interrogations : comment garantir les 776 emplois sur le site alors que le pays traverse une crise économique profonde ? Les syndicats, notamment la CGT, restent méfiants, surtout face à Rio Tinto, ancien propriétaire qui avait abandonné l’entreprise en 2018 après des investissements insuffisants. « Ils nous ont jetés comme une vieille chaussette », a dénoncé Johan Vlietinck, représentant du personnel, rappelant les promesses non tenues.
L’AIP, qui a récupéré l’usine en 2021 après un défaut de paiement de Sanjeev Gupta, ne ferme pas la porte à une introduction en bourse si les offres s’avèrent insuffisantes. Pourtant, le contexte économique français reste préoccupant : des secteurs clés stagnent, des entreprises menacent de quitter le territoire, et l’inflation continue d’éroder les budgets familiaux. Aluminium Dunkerque, qui génère 800 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels, incarne à la fois une opportunité et un risque pour le pays.
Les mois à venir seront décisifs : entre les ambitions des candidats, les exigences étatiques et l’urgence écologique, le sort du site reste incertain. Mais dans un climat de crise généralisée, chaque décision aura des répercussions profondes sur l’équilibre fragile de l’économie nationale.