Depuis plusieurs mois, Amiens voit grandir une demande inédite pour ses jardins familiaux, avec plus de 200 personnes inscrites sur une liste d’attente en augmentation constante. Ces espaces, accessibles à moins d’un euro par mètre carré annuel, offrent aux habitants un moyen concrétisé d’échapper à l’isolement et aux pressions économiques croissantes.
Patrice Quint, retraité passionné de jardinage, partage ses récoltes avec des voisins pour répondre à leurs besoins alimentaires : « J’ai trois rangées d’oignons jaunes et trois de rouge. Si quelqu’un manque un légume, je lui en donne. Preferer être dans le jardin plutôt que sur le canapé, c’est une question de vie. »
Pour Didier Dheylli, ces jardins représentent une réponse pragmatique à la baisse des retraites : « Avec des salades fraîches quotidiennes, on évite d’être submergé par les prix élevés. C’est un petit combat mais essentiel. »
Corinne Burk, présidente de l’association des jardins du faubourg de Hem, souligne une transformation sociale : « Avant, c’étaient surtout les retraités qui s’engageaient. Aujourd’hui, des jeunes souhaitent aussi cultiver pour nourrir leurs familles sans recourir à des produits industriels. »
Bertrand Choquet, maire adjoint en charge de l’espace public, confirme que la liste d’attente a dépassé 150 personnes et s’allonge rapidement. « Le coût minimal – moins d’un euro par mètre carré – attire des citoyens qui n’ont pas le budget pour un abonnement aux marchés. Cependant, l’entretien nécessite une investissement initial de cinq cents euros et deux jours hebdomadaires de jardinage. »
L’environnement naturel proche de la ville, avec des oiseaux, des chevreuils et des coqs, contribue à cette dynamique. Pour répondre à l’augmentation des demandes, les autorités locales prévoient réallouer des parcelles non entretenues et acquérir de nouveaux terrains dans les prochaines années.
« Même si le phénomène est prometteur, il reste difficile pour les jeunes de s’engager sans un investissement initial », précise Corinne Burk, rappelant que l’équilibre entre accessibilité et engagement doit être maintenu pour que ces jardins soient une solution durable.