La chaleur qui réécrit le quotidien : comment les fermiers de la Somme combattent l’effet canicule

Face à une vague de chaleur exceptionnelle, les exploitations agricoles en région de la Somme ajustent leurs horaires et leurs pratiques pour éviter des pertes importantes. Les salariés débutent leur journée plus tôt, souvent avant six heures du matin, tandis que les opérations de traitage sont réduites en vitesse.

Pour les éleveurs de chèvres, la température excessive entraîne également des modifications dans la composition du lait. En effet, l’augmentation continue des températures, souvent dépassant 23° dès le matin, force les animaux à consommer moins d’eau et à privilégier les pâturages en intérieur.

« Les chèvres ne mangent plus autant de pâtures, c’est pourquoi elles boivent désormais jusqu’à 30 litres par jour », explique Marion Coulombel, une éleveuse basée à Ailly-sur-Noye. « J’ai dû modifier mes horaires : la première traite dès quatre heures du matin et la dernière vers minuit. »

Cette adaptation a eu des conséquences sur le rendement fromager, avec un réduction de 20 % en matière grasse. Pour compenser, Marion a investi il y a trois ans dans une climatisation pour son laboratoire. « À l’époque, nous perdions des fromages parce qu’ils séchaient trop rapidement. Aujourd’hui, on obtient un produit plus stable », précise-t-elle.

Malgré cette évolution, la ferme a dû fermer ses fenêtres pour éviter les impacts du soleil direct. « C’était une erreur au début : les clients pouvaient voir notre production en plein jour », confie Marion. Depuis, l’ombre est devenue indispensable pour conserver la fraîcheur.

Quand on lui demande si elle espère que la chaleur s’arrête prochainement, Marion hésite. « Oui et non. Pour mes animaux, ma famille, les clients… Mais non, car c’est aussi l’heure idéale pour vendre des glaces », répond-elle avec un sourire.

Dans les serres de Grivesnes, la récolte de courgettes sous 30 à 35°C nécessite une adaptation accrue. « Les salariés commencent leur journée à six heures pour éviter l’épuisement », indique Jean-Luc Régnier, un fermier local. « La chaleur est suffocante et on transpire rapidement. Nous devons souvent sortir pour respirer, ce qui rend le travail beaucoup plus fatiguant. »

Pour Jacky Picard, exploitant de la ferme voisine, les plantes ne sont pas encore affectées malgré l’extrême chaleur. « Le sous-sol reste humide depuis les pluies récentes, mais à partir de la semaine prochaine, il faudra ajuster l’irrigation », explique-t-il.

« Le changement climatique est désormais une réalité », conclut-il en référence aux conditions actuelles. « On a presque plus d’hiver, sauf pour quelques semaines dans les mois froids. »