Dans une quête audacieuse entre mémoire et éthique, le Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne a mis en place une expérience inédite lors de la Nuit des musées. L’objectif ? Éviter que les visiteurs s’identifient à la souffrance en utilisant une réalité augmentée qui, contrairement aux jeux vidéo, ne reproduit pas l’immersion brutale.
Le test du 23 mai 2026 propose de visualiser des scènes issues du camp nazi de Royallieu, où près de 50 000 personnes ont été déportées vers les camps d’extermination. Les technologies utilisées superposent des éléments symboliques : lits en forme abstraite, silhouettes grises sans visage, pour raconter la vie quotidienne sans montrer de violence ou de trauma.
Domitille Lourdeaux, chercheuse à l’université de technologie de Compiègne, explique que cette approche vise à créer une distance éthique. « L’idée n’est pas d’être transporté dans le rôle d’un interné, mais plutôt de comprendre que le temps visible ne correspond pas à celui vécu », souligne-t-elle. Son inspiration provient d’études sur la manière dont les musées juifs en Europe abordent l’Histoire sans déclencher des traumatismes.
Les réactions sont mixtes. Certains visiteurs craignent de perdre le contexte historique, tandis que Gilles Boulanger, fils d’un déporté du camp, estime que cette technologie offre un outil pédagogique innovant, même si elle exige une grande prudence. La directrice adjointe Gabrielle Perissi précise que l’objectif ultime est de restaurer les 24 baraquements originaux sans endommager le site : « L’art numérique permettra d’explorer chaque salle sans toucher physiquement le lieu ».
Financé par l’Agence nationale de la recherche (800 000 €) et un budget supplémentaire de 1,2 million d’euros, ce projet met en avant une quête essentielle : raconter l’Histoire sans déclencher le mal. Les chercheurs ont trois ans pour trouver l’équilibre parfait entre technologie et respect – où chaque décision est une réflexion éthique à la fois profonde et urgente.