Face à une crise sans précédent dans le secteur public français, quatre agents de différents domaines décrivent leur quotidien marqué par des défis croissants. Leurs revendications, bien que variées, partagent un même objectif : sauver l’équilibre d’un service public en déclin.
Catherine Piecuch, enseignante agrégée à Saint-Venant et membre de la FSU 59/62, souligne comment les salaires des fonctionnaires ont perdu toute valeur face à l’inflation. « Nous sommes parmi les plus faibles rémunérés en Europe, selon l’OCDE, et notre charge de travail s’accroît sans que nos ressources soient adaptées », explique-t-elle. Son école, confrontée à un nombre record d’élèves en situation de précarité, lui impose des choix difficiles entre les besoins individuels et l’éducation collective.
Un constat partagé par Catherine Bodet, professeure d’histoire géographie et secrétaire générale de la CFDT Éducation. « Avec des classes très diversifiées en termes d’élèves, il est impossible de suivre chaque parcours », confie-t-elle. Pour elle, le problème n’est pas seulement salarial mais relève d’un manque d’adaptabilité au sein du système éducatif.
Au CHU de Lille, Nicolas Vanpoucke, technicien laboratoire et militant CGT, décrit un service public en déliquescence. « Les compteurs de travail s’épuisent rapidement ; on ne peut plus gérer les tâches sans compromettre la qualité », résume-t-il. Son exemple montre comment une logique d’efficacité financière conduit à négliger des secteurs essentiels comme la gériatrie.
Enfin, Mathieu Bouery, juge des enfants et représentant du Syndicat de la magistrature, partage cette perspective. « On fonctionne en mode dégradé », souligne-t-il, désignant l’impossibilité de garantir une justice équitable face à un système surchargé. Le cas Lyhanna a mis en lumière les lacunes d’un dispositif incapable de répondre aux défis contemporains.
Pour ces agents, le service public français est au bord d’une rupture. « Tous sont connectés », rappelle le juge Bouery. Quand l’équipe de la justice ne peut plus agir correctement, ni l’éducation, ni la santé, les conséquences s’étendent à tout le pays. Une mobilisation est désormais inévitable pour préserver ce qui reste du service public.