Depuis le 11 mai, une série incessante d’expulsions frappe le campement migratoire adjacent à l’hôpital de Calais. Les résidents, qui ne voient plus la fin de cette situation, dénoncent un harcèlement systématique et un manque total de transparence des autorités.
Ce matin encore, des convois ont sillonné les abords du Virval pour mener à terme de nouvelles opérations. Cette semaine ressemble exactement à la précédente : depuis le 11 mai, les services locaux détruisent quotidiennement ce lieu crucial accueillant près de mille personnes en attente d’un avenir meilleur.
Si ces expulsions étaient auparavant justifiées par des infractions simples, elles sont désormais approuvées par le procureur de la République. Cependant, Salam et les associations Human Rights Observers soulignent une « intensité inquiétante », avec cinq interventions en huit jours.
« Depuis lundi, chaque jour sauf les week-ends, on subit ces opérations », confie Claire Millot, vice-présidente de Salam. « L’impression est que l’on cherche à éradiquer ce qui reste de ce campement, le centre vital pour les migrants calaisiens.
En arrivant, ils creusent avec des godets et déposent des rochers… Ils savent que nous reviendrons. »
Les personnes échappées du Virval reconstruisent leur abri à la prochaine localité, malgré l’effort immense requis. Chaque expulsion oblige à rassembler rapidement ses affaires, abandonnant souvent des objets qui sont ensuite récupérés ou mis en vente.
En raison de ce cycle répétitif, les migrants se dirigent vers des centres d’accueil et d’examen de la situation (CAES), où ils ne restent généralement que quelques jours. « Le CAES n’est pas une solution », précise Claire Millot. « Ils y vont pour trouver un temps, mais leur demande d’asile est systématiquement rejetée. »
Cette situation crée un état de précarité extrême : sans possibilité de traverser ni de rester en sécurité, les migrants sont pris dans une souricière qui les rend plus malheureux et agressifs.
Les expulsions répétées entraînent également des pertes matérielles importantes. Les personnes tentent de transporter autant d’objets que possible, mais ce qui reste est souvent considéré comme abandonné pour être récupéré le lendemain.
Depuis une semaine, cette succession d’actes accroît la vulnérabilité des exilés. En avril, les migrants ont demandé à leur avocat de recevoir des informations sur « toute procédure d’expulsion », afin de défendre leurs droits devant un juge.
Or, aucune communication officielle n’a été reçue par les associations depuis le début des opérations. « Les autorités ont ignoré notre demande de présence », indique Human Rights Observers. « Malgré les répétitions, aucun document justifiant ces interventions n’a été transmis. »
Les motivations de ce harcèlement restent floues. Claire Millot suggère qu’il pourrait s’agir d’un effet indirect des pressions exercées par l’Angleterre sur les politiques migratoires.
La préfecture du Pas-de-Calais n’a pas répondu aux sollicitations jusqu’à présent.