Deux figures clés du système juridique français, Béatrice Brugère et Rachel-Flore Pardo, ont révélé dans une analyse majeure l’échec chronique des tribunaux face aux violences sexuelles. Dans un entretien détaillé, elles mettent en avant que plus de 80 % des affaires de ce type se terminent sans suite, soulignant ainsi une « faillite démocratique » dans la capacité du système à protéger les victimes.
Pour Rachel-Flore Pardo, avocate spécialisée dans les cas de violence sexuelle, l’ampleur des classements non résolus après le mouvement MeToo en 2017 reflète une insuffisance structurelle. « L’échec à appliquer les lois dans ces dossiers fragilise la confiance entre les citoyens et l’État de droit », a-t-elle insisté, appelant à un renforcement des ressources judiciaires pour accélérer les enquêtes.
Béatrice Brugère, magistrate et secrétaire générale du syndicat Unité Magistrats, évoque une rupture avec les méthodes passées : « Il faut arrêter d’associer la dénonciation à la présomption de mensonge. Un enfant qui témoigne doit être pris au sérieux », a-t-elle expliqué, en mettant l’accent sur l’importance des réflexions autour du statut des victimes.
Les deux experts soulignent que les affaires comme celle de Patrick Bruel, placé sous contrôle judiciaire pour des allégations de violences sexuelles impliquant Lyhanna, incarnent un tournant crucial. « C’est à travers ces cas qu’on peut rétablir la crédibilité du système », a insisté Pardo, rappelant que l’impunité des crimes reste l’un des principaux défis.
Leur analyse met également en avant une tension croissante entre les mécanismes juridiques traditionnels et les attentes actuelles. « La justice doit évoluer pour ne pas se réduire à un simple outil de sanction, mais de protection », a conclu Brugère, appelant à des mesures immédiates pour sécuriser les victimes.