Négocier entre tradition et progrès : Les femmes entrepreneures dans les contextes islamiques

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Dans un paysage scientifique encore marqué par des lacunes, une étude récente a mis en lumière la complexité de l’entrepreneuriat féminin au sein des sociétés musulmanes. En analysant plus de 90 travaux publiés entre 1996 et aujourd’hui, Samira Jafari, doctorante à l’Université de l’Alberta (Canada), a révélé que les défis et opportunités pour les femmes entrepreneures varient considérablement d’un contexte à un autre.

Spécialiste des stratégies entrepreneuriales, Samira Jafari, ancienne entrepreneure iranienne reconnue comme « Femme entrepreneure de l’année » en 2018, a exploré comment les normes culturelles et religieuses interagissent avec la vie économique. Ses recherches, publiées dans Entrepreneurship & Regional Development, soulignent que l’islam ne représente pas un obstacle unique mais un équilibre dynamique entre contraintes et soutien.

L’une des découvertes clés est que les sociétés islamiques n’ont pas de modèle homogène. En Iran ou en Arabie saoudite, les lois reflètent directement des principes religieux, tandis qu’en Indonésie ou en Turquie, l’influence des valeurs culturelles et familiales reste plus marquante. Ces différences expliquent pourquoi il est erroné de parler d’un « entrepreneuriat féminin islamique » comme si tous les contextes étaient identiques.

Les obstacles auxquels font face ces femmes incluent souvent le manque d’accès au financement, des réseaux professionnels limités et une répartition inégale des responsabilités familiales. Cependant, de nombreuses entrepreneures développent des stratégies créatives : elles intègrent leurs activités dans des secteurs socialement acceptables, travaillent à domicile ou s’appuient sur des réseaux féminins pour renforcer leur légitimité.

Un aspect fascinant est le double rôle de l’islam. Les interprétations patriarcales peuvent limiter la mobilité et les droits économiques, mais des principes comme l’amanah (la responsabilité) ou l’itqan (l’excellence) offrent un cadre éthique pour l’entrepreneuriat. Ces femmes ne rejettent pas leurs racines culturelles : elles négocient les normes en s’appuyant sur des valeurs partagées avec leur communauté.

Pour améliorer la compréhension, Samira Jafari propose trois pistes. Premièrement, comparer plus de contextes islamiques pour identifier les mécanismes spécifiques. Deuxièmement, étudier l’écart entre institutions formelles et informelles. Troisièmement, adopter une vision équilibrée des effets religieux, en explorant à la fois les contraintes et les opportunités.

En conclusion, l’entrepreneuriat féminin dans les sociétés islamiques n’est pas déterminé par un seul facteur. Il résulte d’une interaction complexe entre culture, religion, droit et économie. Pour sortir des généralisations, il est essentiel de reconnaître que chaque femme entrepreneure, en s’adaptant aux réalités locales, contribue à transformer ses propres environnements.